Pas moins de six manifestations en 40 jours ont émaillé l’actualité de Poitiers entre le 17 octobre et le 18 novembre. Sous les banderoles, dénonçant une justice de l’exemple, quelques conseillers municipaux, des citoyens ordinaires. De quoi faire de l’automne 2009 un épisode riche en controverses pour une ville d’ordinaire plus apaisée.
La polémique place le palais de Justice, mais aussi la police, au cœur des affaires de la cité. Après les violences du 10 octobre, les arrestations de la police conduisent trois personnes, dont deux étudiants, à la mise en examen puis à la comparution immédiate, dans la nuit du 12 au 13 octobre.
« On a jugé des voleurs de pommes mais les vrais responsables courent toujours », avait aussitôt dénoncé Simone Brunet, avocate des deux étudiants. Ceux-ci, Jean-Salvy Compte et Samuel Bastard, sont alors rapidement devenus l’objet d’une mobilisation associant étudiants et sympathisants de gauche.
La visite éclair de Brice Hortefeux a d’autant plus contribué à politiser l’affaire. Le ministre de l’Intérieur, quelques heures avant les comparutions immédiates des prévenus, a solennellement déclaré : « J’espère que la justice sanctionnera, et durement ». Entre affirmation de l’autorité républicaine et démonstration de force par l’exemple, les proches des prévenus ont plutôt vu la deuxième option.
Ludovic Bonneaud, blogueur et observateur alerte de la vie pictavienne, connaissant Samuel Bastard, publia sur Internet dès le dimanche 11 octobre une vidéo où apparaissent Samuel Bastard et Jean-Salvy Compte. Ils y figurent dans la foule des spectateurs du festival de rue Les Expressifs, tandis que les casseurs défilent derrière eux.
Ce document n’a en tout cas convaincu le tribunal, pas plus qu’il ne convainc le directeur départemental de la sécurité publique de la Vienne. Jean-François Papineau a en effet souligné que « les émeutiers se sont défaits de leur équipement pour se fondre dans la foule du public ». De quoi renvoyer chacun à son intime conviction, et à ses affinités politiques.
Une politisation qui mit du sel dans les relations entre le ministre de l’Intérieur et la maire de Poitiers, Alain Claeys. Le premier accusa le second de n’avoir pas assez coopéré avec les renforts policiers prévus pour la manifestation anticarcérale du 10 octobre, tandis que le maire de Poitiers reprocha au ministre de l’Intérieur un manquement de la part des services de renseignements, mais aussi de ne pas lui donner tous les renseignements dont il dispose sur les casseurs.
Une polémique qui a gagné très vite en intensité, certaines voix dans la majorité socialiste de la municipalité dénonçant alors une tentative de la part de la droite d’accabler une ville de gauche sur la question sécuritaire à l’approche des élections régionales. Une situation qui a fini par mettre le maire, à la fois élu local et représentant de l’Etat, dans une position indélicate. Alain Claeys a refusé de participer aux manifestations de soutien aux condamnés, précisément « pour ne pas rajouter à la polémique ». Selon une source proche du maire, « [celui-ci] refusait même aux membres de l’équipe municipale d’y participer [aux manifestations], quand ils lui demandaient. Mais il ne reprochait rien à ceux qui y manifestaient », poursuit-elle.
Une hésitation inconfortable qui a pris fin jeudi 19 novembre, avec la libération de Patrick Dubreucq, 51 ans, troisième condamné. Lui n’avait pas bénéficié de mesure de libération anticipée.
Les sentiments contrastés que cette affaire ont pu soulever dans l’opinion, à défaut de ne plus exister, cesseront de se manifester. La mairie peut respirer, l’incident qu’avait représenté lors de la manifestation du 17 octobre l’arrestation d’un homme qui avait insulté le procureur de la République de Poitiers a désormais moins de chance de se reproduire.
Le procès en appel de Jean-Salvy Compte et Samuel Bastard, attendu le 14 janvier prochain, rajoutera un peu de suspens.