Une des conséquences imprévues des violences ayant secoué Poitiers le 10 octobre fut la création expresse de deux fichiers numériques de sécurité le 16 octobre.
Ironie du calendrier, le 16 octobre se trouve être le jour de la Saint Edvige. Le fichier Edvige (Exploitation documentaire et valorisation de l'information générale), ayant soulevé un vaste tollé, avait été abandonné en novembre 2008. Le fichier Edvirsp (Exploitation documentaire et valorisation de l’information relative à la sécurité publique) l’avait remplacé, en abandonnant le très décrié fichage des personnes « ayant sollicité, exercé ou exerçant un mandat politique, syndical ou économique ou qui jouent un rôle institutionnel, économique, social ou religieux significatif ». Plus de fichage des opinions, en somme. Garantie supplémentaire : les informations concernant la santé et la vie sexuelle ont été explicitement exclues de cette deuxième mouture.
Mais les troubles du 10 octobre à Poitiers ont changé la donne. La visite éclair de Brice Hortefeux deux jours après les violences se voulait être une réponse à tous ceux qui commençaient à déplorer un manquement de la part des services de police. « La police a fait pleinement son travail », a martelé lundi 12 octobre le ministre de l’Intérieur. Brice Hortefeux a en revanche souligné que sur 18 personnes placées en garde à vue, la moitié n’était pas connue de ses services. Si rien n’a permis de prévoir de pareils agissements, a argumenté le ministre, c’est par manque de renseignements.
Les deux nouveaux décrets du 16 octobre visent pour l’un la «prévention des atteintes à la sécurité publique» (groupuscules et hooligans divers), et pour l’autre les «enquêtes administratives liées à la sécurité publique» (pour les postulants à un emploi public dit sensible). Leur particularité est de réintroduire les activités politiques, philosophiques, religieuses et syndicales, mais également l’origine géographique comme critères de fichage. Un dernier point qui a suscité l’ire des associations. Beaucoup y voient une manière déguisée de ficher l’origine ethnique.
Du côté de la Ligue des droits de l’homme, Jean-Claude Vitran déplore qu’ «il reste beaucoup de zones d’ombre. Il y a des chances qu’on aille demander un recours au Conseil d’Etat.» Pour Meryem Marzouki, membre du collectif Non à Edvige, «c’est simple. Nous avons les deux enfants jumeaux d’Edvige !». De quoi placer Poitiers, une fois n’est pas coutume, au cœur de polémiques nationales.